Lien vers ce message 04 Mai 2011, 14:40
Annie Rapp, psychothérapeute et médecin à Paris

« J’ai découvert par la presse en juin 2009 l’existence d’un médicament efficace pour le traitement de l’alcoolisme. J’ai lu le livre d’Olivier Ameisen. Après quelques mois, constatant les difficultés des patients motivés à suivre ce traitement à trouver un médecin acceptant de le prescrire, j’ai envoyé un mail sur le blog du Pr. Ameisen pour proposer mes services.
Je pratique la psychothérapie en libéral depuis 20 ans et auparavant j’ai exercé en psychiatrie dans le secteur public.
Je ne suis pas installée en tant que psychiatre mais comme omnipraticien, ayant décidé de me faire connaître comme psychothérapeute et non comme psychiatre. Pour autant, j’ai continué de prescrire des médicaments parallèlement à la thérapie verbale.
Mes expériences de traitement des alcooliques à l’hopital puis en psychothérapie ambulatoire s’étant soldées par des échecs, j’avais renoncé à accepter en psychothérapie des patients présentant cette difficulté.
Avec l’aide du Baclofène, j’ai pensé qu’il était enfin possible de rendre réellement service à ces personnes.
J’ai calculé les risques à le faire. Pour les patients, le fait que le Baclofène soit un médicament prescrit depuis 40 ans, semble-t-il sans danger sérieux, m’a rassuré. Pour moi, en tant que prescripteur d’un médicament hors AMM, il m’a paru qu'à l'age de la retraite, je pouvais prendre le risque d’être désavouée par les instances ordinales ou autres. Depuis j’ai appris que ma démarche est appelée « compassionnelle »… Elle correspond également à une constante de ma vie professionnelle : la curiosité pour ce qui est nouveau, l’optimisme et la recherche de solutions.
Ayant fait connaître ma disposition à prescrire le baclofène, j’ai reçu une petite cohorte (une vingtaine) de patients motivés pour ce traitement, à partir du mois d’octobre 2009.
Je les ai suivis suivant mon modèle habituel : une séance tous les 15 jours pendant pendant 2 mois ou jusqu'à obtention de la dose efficace.

Mes premières conclusions :

- Les résultats sont réels et même enthousiasmants !
- Certains patients ont atteint avec une facilité déconcertante le stade de la sobriété et de l’indifférence à l’alcool. Et ils ont retrouvé leur santé et repris leur vie en main.
- Pour d’autres, les effets secondaires à certains paliers ont été très intenses et « bousculants » mais en persévérant ils ont obtenu également l’effet désiré, l’indifférence. J’en ai conclu que certaines personnes devraient suivre le protocole en étant en arrêt de travail ou sans autres obligations que celle de se soigner pendant un mois ou deux.
- Pour réussir à suivre le traitement et se guérir, les patients devaient présenter une forte motivation et avoir fait le deuil de l’alcool et des anciennes raisons qui avaient motivé sa consommation : effets festifs et transgressifs, suppression de la timidité, appartenance à un milieu de consommateurs, flirt avec la mort etc.
Il fallait que leur demande de prescription de baclofène soit réfléchie, volontaire et personnelle. Sortis du déni, ils sont conscients qu’ils sont malades, qu’ils ont complètement perdu le contrôle de leur consommation d’alcool et qu’ils n’arrivent pas à s’en sortir avec les traitements habituels recommandés.
Ils devraient également être bien informés, c’est à dire avoir lu le livre d’Olivier Ameisen et compris la méthode. Beaucoup participent à des forums sur Internet.
- Certains des malades que j’ai reçus étaient des buveurs modérés, d’autres des buveurs très excessifs. Tous se reconnaissaient comme alcooliques, ayant besoin d’une dose quotidienne d’alcool ou de très fortes doses de façon ponctuelle. Parmi les premiers, leurs proches et même leur médecin ne voulaient pas admettre le problème. Ces personnes (des femmes souvent) buvaient seuls et n’incarnaient pas l’image stéréotypée de l’alcoolique.
- Quelques patients ont quitté la thérapie sans donner de nouvelles. Sans doute à cause de rechutes culpabilisées et d’arrêt du traitement.
- D’autres ont fait une ou plusieurs rechutes, c’est à dire ont présenté une alcoolisation plus ou moins massive pendant plusieurs jours, puis ils ont fini par réussir à atteindre la dose seuil qui leur apporte l’indifférence.
- La plupart, sinon tous, ont perdu le goût ou le plaisir de l’alcool et même le trouvent déplaisant. Quand ils en boivent c’est plutôt pour accompagner un moment de convivialité avec les autres. Le craving disparaît complètement et à leur grande surprise, ils boivent le premier verre et laissent intact le second. Ils passent devant les bistrots et devant les rayons des alcools dans les supermarchés sans être attirés.
- La psychothérapie peut prendre la forme d’une simple thérapie de soutien pour atteindre la dose efficace du médicament, ou d’accompagnement pour suivre l’évolution après avoir atteint l’arrêt de l’alcoolisation et le retour à la lucidité. Le thérapeute est alors le témoin bienveillant de la reprise en main de sa vie par le patient.
Dans d’autres, il s’agit de poursuivre après l’obtention de l’indifférence par une psychothérapie « classique » pour résoudre la dépression sous-jacente et les problèmes liés à l’enfance qui refont surface avec l’arrêt de l’anesthésie due à l’alcool.
Cela confirme que le baclofene traite essentiellement la compulsion à l’alcool mais ne procure pas systématiquement un sentiment de bien-être, encore moins d’euphorie. A mon avis, personne ne risque de devenir accro au baclofène !
Ce traitement apporte un éclairage nouveau sur le fonctionnement du cerveau. On a la preuve que ce comportement, comme toutes les autres addictions et habitudes non désirées, n’est pas soumis à la volonté du sujet, mais au fonctionnement de ses neurones. Ceci à partir du moment où il est tombé dans le piège de l’alcool, produit qui lui avaient apporté au début soulagement et plaisir
. »


Il faut que nous soyons nombreux, http://www.baclofene.com/radio/adherez1.jpg
Merci mille fois à celui qui a eu la générosité de partager sa découverte avec nous ...