Lien vers ce message 12 Mars 2011, 10:08
Bonjour,

Oui Florette, pendant plus de 20 ans j’ai côtoyé cette maladie et j’ai vu le mal qu’elle peut faire…

Un quotidien fait de peurs et d’angoisses. La peur de l’accident, la peur de la maladie, la peur de la mort… Une vie calquée sur l’alcool. Tout faire en fonction de l’alcool, tout vivre en fonction de l’alcool. Se préoccuper de savoir si il va y en avoir assez à un diner pour que l’autre ne se sente pas trop mal, se rendre volontiers à une fête mais avoir la hantise de cette fin de soirée, rentrer la nuit dans une chambre infestée par l’odeur d’alcool, le voir commencer à boire dès qu’il arrive à la maison, ne plus reconnaitre l’autre lorsqu’il a bu, ne plus pouvoir communiquer et partager avec lui lorsqu’il est ivre… S’isoler, se renfermer et attendre le lendemain qu’il reprenne ses esprits... jusqu’à ce que ça recommence le soir même.

J’ai longtemps pensé que l’alcoolisme n’était pas une maladie, que c’était une question de volonté. Personnellement, je bois très peu, je n’ai pas besoin d’alcool pour m’épanouir, me sentir bien ou m’amuser. Alors, inévitablement, il n’est pas toujours facile de penser que cela n’est pas le cas de tout le monde. Pourquoi ne boit-il pas juste un petit peu ? Pourquoi ne sait-il pas s’arrêter ? Comment peut-il se mettre dans un état si minable ? Pourquoi est-il toujours « obligé » de boire ? Il pourrait faire un petit effort ! Pourquoi manque-t-il cruellement de volonté ?

Et puis, à force de communication, j’ai fini par comprendre, mais aussi par accepter que cet alcoolisme était bel et bien une maladie, une maladie à part entière. Qu’elle nous fait du mal à nous, proches de malades, mais qu’elle en fait aussi et surtout au malade lui-même. Que les bons moments sans alcool n’existent pas pour lui. Que l’alcool, il le subit aussi. Qu’il a autant envie d’arrêter que nous mais qu’il n’y arrive pas. IL EST MALADE.

Il y a deux ans, c’est à la suite d’une émission de radio et de recherches sur internet au sujet du livre d’Olivier Ameisen que mon meilleur ami et mon compagnon ont découvert l’existence du Baclofène. Je l’ai lu également, et il m’a aidée à comprendre encore mieux cette maladie et ce que peuvent ressentir les alcooliques. Il m’a aussi donné beaucoup d’espoir.
S’en sont suivies de longues recherches sur internet, le forum e-santé, la collecte du plus d’informations possibles, puis la quête d’un médecin prescripteur.

Mon meilleur ami a tout d’abord essuyé un refus de prescription d’un premier médecin. Il a donc commandé du Baclofène sur Internet. Il a débuté son traitement seul, en s’inspirant des dosages indiqués dans le livre d’Olivier Ameisen. Il a commencé à ressentir les effets bénéfiques du Baclofène sur sa consommation d’alcool. Il en avait de moins en moins envie, de moins en moins besoin. Néanmoins, il souhaitait impérativement une prescription et un suivi médical. Il a fallu chercher, argumenter et un second médecin a accepté et lui a fait confiance. Les résultats des prises de sang et des examens du foie étaient bons. Il a continué à augmenter ses dosages petit à petit, par paliers, jusqu’à 230 mg. Il a ressenti des effets secondaires importants, fortes insomnies, confusions mentales, coups de barre… mais sa consommation et son envie d’alcool diminuaient de semaines en semaines. Après plus d’un an, il a arrêté son traitement. Aujourd’hui, il boit de temps en temps mais sa consommation est totalement maitrisée et les quantités d’alcool n’ont rien à voir avec ce qu’elles étaient dans le passé.

Mon compagnon, quant à lui a atteint l’indifférence. Après s’être très largement documenté, son médecin a accepté de lui prescrire dès sa première demande. Il a pris du Baclofène par paliers également et est monté jusqu’à 120 mg. Les seuls effets secondaires ressentis sont des coups de barre et quelques vertiges. Aujourd’hui, il ne boit plus une goutte d’alcool et n’en ressent plus le besoin. L’alcool ne l’attire plus, il est complètement libéré de son addiction. Il continue son traitement à petites doses (30 mg par jour).

En ce qui me concerne, je me sens également complètement libérée. Que la vie peut être belle sans alcool !

Aujourd’hui, il m’arrive de croiser le regard de personnes ivres, de croiser le regard de conjoints, parents, enfants ou amis d’alcooliques. Je me sens mal, ça me fait mal. Je ressens ce que j’ai ressenti il y a quelques temps. J’ai alors envie de crier haut et fort qu’aujourd’hui, il existe un traitement efficace et que chacun y a droit.
Message édité 3 fois, dernière édition par Vénus, 12 Mars 2011, 10:14