Lien vers ce message 05 Mai 2012, 18:39
J'ai fait un copier coller de ma réponse dans une discussion pour qu'elle soit plus accessible à tous. J'ai dit des choses que je pense peuvent servir à beaucoup. Ici, il y a des hommes et des femmes, alcooliques, et surement autant de pères et de mères en souffrance.

Merci à tous pour vos réponses pleines de compréhension et d'encouragement. J'oscille sans cesse entre la volonté protéger et souffrir de plus près de sa maladie, et m'occuper de moi, oublier tout ca et m'éloigner d'elle. J'ai eu beaucoup de mal à me construire, moi, ma vie. Je lui en ai longtemps voulu plus jeune, de ne pas me laisser de place, à moi, mes doutes, ma vie sans sens (l'adolescence, c'est vraiment vache). Je ne savais pas comment faire avec cette vie par ou l'attaquer. Et je n'avais pas d'espoir en ayant toujours vu ma mère triste de cette vie boire pour oublier. J’espère entrevoir une porte de sortie pour elle et notre famille. Ca a été encore plus dans ses relations avec ma grande soeur qui ne lui a jamais pardonné son alcoolisme qui a, c'est dur à dire mais vrai, détruit une partie de notre enfance. Il est dur de trouver sa place en tant qu'enfant d'alcoolique. Même ici sur le forum, il n'y a pas de "catégories" pour ca. Nous ne sommes pas concernés directement. Et pourtant. A huit ans je trouvais des 8.6 cachés dans les poches de manteau, dans les corbeilles à linge. Et son odeur de vin rouge quand elle venait nous dire bonne nuit je ne l'oublierais jamais. Pour moi l'alcoolisme, c'est la mort incarnée, l'alcool vide de cette substance vitale qui s'appelle l'espoir de faire quelque chose et de réussir. Combien de fois j'ai vu ma mère pleurer de son impuissance à s'en séparer. C'est d'autant plus dur, que les alcooliques sont (pour ceux que j'ai rencontré) des personnes si humaines, si sensibles, intelligentes. L'alcool emprisonne dans la honte. Combien de fois ma mère m'a dit en pleurant qu'elle avait honte, qu'elle se sentait une mauvaise mère.. Comment s'assumer mère comme ca? je la comprend tellement.. Aujourd'hui une bonne mère ne doit pas boire, ne doit pas montrer à ses enfants les traumatismes qu'elle a connus, sa peine, ses souffrances. Et pourtant tout le monde sait que la vie nous réserve des moments de solitude intense. Derrière l'alcool se cache un profond malaise social, celui de notre société actuelle. Trop de gens qui ont été laissés derrière, à qui on a pas donné sa chance, qu'on a jugé inadéquats, qu'on a laissé s'enfoncer pour mieux leur taper dessus. Une maladie de la honte oui, mais pour tout le monde. Je dis toujours à ma mère "arrête de culpabiliser ca ne fait qu'empirer les choses, pardonne toi d'avoir craqué et si ce soir ca va très mal, pense à demain". Peut-être simpliste mais je n'ai pas toujours eu les mots avant, ne serait-ce que pour lui dire ca. J'aime ma mère plus que tout. Nous avons traversé ca ensemble, quand la famille se déchirait. Mais pour ma mère, arrêter l'alcool, c'est retrouver un sens à sa vie, et ca me fait peur. Elle est souvent seule. Elle se sent seule. Nous sommes grandes ma soeur et moi et avons quitté le nid. C'est non seulement à l'alcool mais à sa solitude qu'elle doit faire face en arrêtant. Puisqu'on ne boit jamais sans raison. De mon point de vue.
Maman si tu lis ca, je t'aime et je serais toujours à tes côtés. Je t'ai aimé alcoolique, et tu es ma mère quoiqu'il arrive. Je te soutiens dans tout ca.
Pour ceux qui ont des enfants n'hésitez pas à venir partager votre histoire avec moi ca me fera le plus grand plaisir. Si la communication est trop difficile avec eux, peut-être m'en parler pourrait vous aider. A ceux là, sachez qu'un enfant aime toujours ses parents. Il comprend juste plus tôt que les autres, que les parents ont aussi été des enfants, et qu'ils ont aussi leurs faiblesses.