Lien vers ce message 26 Mars 2017, 19:46
5.1. Que veulent dire : protocole, posologie, et répartition ?

Le protocole thérapeutique est l'ensemble du traitement, ses différentes phases et son évolution au cours du temps.
La posologie décrit la dose quotidienne et les modalités d'administration: répartition, mode d'absorption (orale, sublinguale), progression des doses…
La répartition décrit l'horaire et la dose de chaque prise de baclofène.


5.2. Comment a été établi ce protocole ?

Il est basé sur l'expérience du Pr Olivier Ameisen.
Le baclofène est prescrit pour l'alcoolo-dépendance depuis 2009, le recul et le nombre de patients ont permis de faire évoluer ce protocole dans un souci d'efficacité et de confort.
L'ensemble des indications que vous trouverez dans cette FAQ, sont le fruit de l'expérience des patients et des premiers médecins prescripteurs.
La RTU (Mars 2017) donne très peu d'indication sur la posologie, elle préconise 3 prises par jour, et une progression de 10mg tous les 3 jours maximum.
Pourtant pour nous la posologie et la répartition des comprimés sont très importantes, parfois déterminantes dans la réussite ou l'échec du traitement.


5.3. Y-a-t-il plusieurs façons de faire ?


L'expérience des experts, médecins ou patients, donne un cadre qu'il est préférable de suivre dès le départ, quitte à s'en éloigner par la suite si le bon déroulement du traitement le demande.
Les posologies et leurs variations peuvent dépendre du ressenti du malade et de la façon de faire du médecin.
Il faut s'adapter à la particularité de chaque patient, de son mode de vie et de son parcours thérapeutique.
Certains auront besoin d'un cadre précis pendant un long moment, d'autres, une fois les indications de base assimilées, seront plus rapidement autonomes.
La meilleure façon de faire est celle qui convient à une personne. Il n'y a pas de raison de changer une posologie qui donne de bons résultats (conso et EI) sur soi, même si elle diffère de ce qui semble optimal.


5.4. Quel est le protocole du traitement ?

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Schéma théra

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Evolution posologie


Ces schémas donnent une vue d'ensemble du traitement.
Lorsque l'on débute le traitement, il est difficile de se projeter dans chacune des phases, elles ont chacune leur spécificité. Le patient les abordera en temps voulu.
Vous trouverez également dans la brochure « Baclofène dans le traitement de l’alcoolo-dépendance, notre expérience » le détail des phases du protocole mentionnées dans cette FAQ.


5.5. Quelle est l'importance de la répartition des prises ?

Très (trop) souvent la prescription proposée par le médecin est: matin, midi et soir.
Or, au fil du temps, nous avons constaté que les heures de prises avaient une importance primordiale.
Elles permettent de mieux cibler le craving et par conséquent d'augmenter l'efficacité du baclofène et d’atteindre l’indifférence avec une dose plus faible de baclofène.
La méthode qui nous semble la plus efficace dans une majorité des cas, est celle du ciblage.


5.6. Qu'est-ce que le ciblage ?

Le ciblage consiste à avoir une concentration maximale de baclofène à l’heure de début du craving
Partant des données pharmacocinétiques du baclofène, (demi-vie courte d’environ 4 heures, pic sérique atteint entre 30 mn et 1h30), certains d’entre nous se sont dit qu’il était, par exemple, sans doute inutile de prendre du baclofène le matin pour un craving se manifestant à 18h. Ils ont alors "ciblé" leur craving, c'est-à-dire concentré les prises dans l’après-midi afin que la dose de baclofène soit maximale au moment où ils ressentaient le besoin de s’alcooliser.

Exemple de l’estimation de la concentration sanguine de 3 prises
40mg/13h 40mg/15h 40mg/17h
ciblage



La dernière prise est donc faite 1 heure avant le début du craving. Les prises précédentes sont espacées de 2 heures.
Il est inutile de faire des prises après même si l’on s’alcoolise de 18h à 22h. Il faut concentrer le baclofène sur la cible (début du craving) puisque c’est cela qui pousse à boire. Faire des prises après est inefficace et entraine bien souvent des problèmes d’insomnie.

Cette méthode est rigoureuse dans le principe, mais ouverte dans ses modalités : nombre de prises, dose par prise, écart entre les prises.
Par exemple si l'on ne supporte pas des prises supérieures à 40mg, à cause d'effets indésirables importants, on peut ajouter, dans cet exemple, une prise à 11h.
On peut aussi moduler le nombre de comprimés par prise en en mettant plus sur la dernière prise.
Chaque cas reste particulier, ce qui convient pour l'un ou pour la majorité, peut ne pas convenir à d'autres. Il faut chercher SA répartition en s’aidant des conseils dispensés par les membres du forum.


5.7. Qu'est-ce que l'imprégnation ?


Par opposition au ciblage, l'imprégnation, ne tient pas compte du craving et part du principe que le corps doit s'imprégner de la molécule tout au long de la journée. Ceci afin d'éviter d'avoir de trop grandes variations de concentration de baclofène dans le sang.

Cette manière de procéder est moins efficace que le ciblage.
De plus, commencer le traitement par une imprégnation (typiquement matin, midi et soir) complique le passage à un mode ciblé. En effet, plus on progresse dans l'augmentation des doses, plus il faudra alors déplacer un grand nombre de comprimés sur des prises plus rapprochées, ce qui est source d’effets indésirables.
C'est pourquoi les médecins et patients experts, préfèrent en général, instaurer le ciblage en première intention.
Cependant le ciblage peut s'avérer difficile à supporter quand les doses deviennent importantes et génèrent des effets indésirables. L'espacement et la multiplication des prises peuvent alors se rapprocher de ceux d'une imprégnation. Cette "dilution", permettra d'atténuer certains effets secondaires, notamment ceux liés au pic sérique.


5.8. Quels sont les horaires courants de craving et les répartitions correspondantes ?

Le principe de base est qu’il faut, dans la mesure du possible, faire la dernière prise 1h avant le début du craving.

- Craving en fin d'après midi, la consommation débute souvent une fois rentré du travail: cf exemple de "qu'est-ce que le ciblage?"*

- Craving en fin de matinée: il faut procéder comme pour celui de l'après-midi en décalant les prises en matinée (la dernière à lieu 1h avant le craving)
Par exemple craving à 12h: prises 7h/9h/11h

- Craving en fin de matinée avec une pause et une reprise en fin d'après-midi: Il y a plusieurs manières de faire. On peut tout "miser" sur le premier craving ou bien si celui-ci est limité ou/et que les EI classiques (somnolence, fatigue..) sont handicapants pour l'après-midi, on peut trouver un compromis.
Par exemple craving à 12h et 18h: prises 11h/14h/17h en modulant les doses en fonctions des intensités de craving et des EI.

- Craving dès le matin: Il faut prendre un maximum de baclofène avant le craving. On peut mettre le réveil pour faire une/des prises en fin de nuit, et repousser au maximum le premier verre pour pouvoir insérer des prises "efficaces" supplémentaires. A minima, il faut une prise importante dès le réveil.


5.9. Comment faire l'augmentation ?

Afin de limiter les effets indésirables, l’augmentation des doses de baclofène doit être progressive.
Le protocole du Dr Renaud de Beaurepaire, est le suivant : démarrage à 10 mg/j suivi d’une augmentation de 10mg tous les 3 jours en l’absence d’effets indésirables gênants.

tableau hebdo

S’il y a des effets indésirables gênants, il convient de ralentir le rythme des augmentations, d’augmenter seulement par ½ comprimé, de faire des paliers plus longs ou parfois de diminuer temporairement la dose de baclofène.

Pour le ciblage d'un craving à 18h, l'augmentation peut se faire ainsi:

Augmentation prises


On peut aussi décider d'augmenter uniquement la dose de 17h jusqu'à ressentir des effets secondaires, avant d'effectuer une deuxième prise, ou au contraire commencer par 2 ou 3 prises.

Ceux qui ont des effets indésirables ou qui les redoutent, peuvent faire les augmentations ou les changements de répartition de préférence le week-end.

Le baclofène est augmenté par paliers successifs jusqu’à obtenir la suppression totale du craving et l’état où le patient éprouve un désintérêt complet pour l’alcool : l'indifférence.


5.10. Pourquoi la précision des horaires est-elle importante ?

En période de titration (d'augmentation) la régularité des prises est importante pour plusieurs raisons:
- La variation des espacements entre chaque prise peut modifier sensiblement les effets liés à la concentration du baclofène dans le sang. Par exemple, faire des prises toutes les 2 heures n'aura pas le même effet que toute les 1h30. Plus l’espacement des prises, est court, plus la concentration et les effets seront forts.
- Nous avons nos rythmes propres. Prendre irrégulièrement le baclofène peut générer chez certains des effets secondaires, ou tout au moins déstabiliser.
- La régularité permet de structurer la journée. Il n'est pas rare que les personnes souffrant d'addiction aient des journées chaotiques.

Voir « 8.2. Comment faire pour ne pas oublier de prendre mes comprimés ? »


5.11. Que faire quand j'ai oublié de faire une prise de baclofène ?

Ce n'est pas grave, reprenez la posologie comme si de rien n'était.
A priori, ne reportez pas les doses que vous auriez oubliées sur d'autres prises ou ne le faites que de façon partielle afin d'éviter les EI dus à une dose trop forte.
Et ne doublez surtout pas la dose le lendemain en cas d’oubli de vos comprimés la veille, cela peut vous conduire aux urgences !


5.12. Pourquoi dit-on qu'il faut être patient ?


Chacun peut gérer son traitement selon son caractère, après tout, vous êtes le seul maître à bord et le mieux placé pour savoir ce qui vous convient.

Cependant:
- La précipitation est souvent source d'effets indésirables lors de l'augmentation, ou de risque de rechute lors de la diminution.
- L'évolution du traitement demande parfois des pauses (en cas d’effets indésirables trop gênants).
- La prise en main d'une "nouvelle" vie ne se fait pas toujours rapidement. Une fois le but principal atteint: l'indifférence, tout n’est pas toujours gagné, la reconstruction peut être longue.


5.13. A quelle dose se trouve le seuil d'indifférence ?

La dose efficace est individuelle et non prédictible.
Cette dose semble dépendre en grande partie de la faculté de chaque individu à assimiler le baclofène, tout d'abord par le passage de la barrière gastrique puis par celui de la barrière hémato-encéphalique.
L'expérience nous montre que très souvent, lorsque l'on a des effets indésirables à faible dose, la dose seuil est assez faible.
Nos dernières statistiques montrent une corrélation entre la quantité d’alcool bue durant le traitement et la dose efficace.
Réduire au maximum sa consommation d’alcool durant le traitement semble permettre d’atteindre l’indifférence avec une dose moindre de baclofène.

Dose efficace - conso

La moyenne de la dose d'indifférence est environ de 170mg et la médiane (autant de patients sous la médiane que de patients au dessus) est également autour de ce nombre.

Moyenne dose


5.14. Faut-il avoir peur des hauts dosages ?


Voici ce que dit un groupe de médecins, signataires de l'édito du Flyer (Bulletin de liaison des CSAPA et CAARUD) de Novembre 2016 :
" Entendre un médecin dire, « le baclofène, ça ne marche pas, je l’ai prescrit à 30 mg matin et soir chez des patients et ça n’a rien donné » est encore trop fréquent. Et, comme pour un traitement par la méthadone ou la morphine, chaque patient aura besoin de sa propre posologie. Celle-ci doit se situer dans une fourchette la plus large possible.
Il y a assez de témoignages de patients dont la posologie se situe entre 200 et 300 mg/jour avec une très bonne tolérance et à l’inverse de patients ‘stabilisés’ à 30 ou 40 mg pour s’en convaincre. Le débat sur les ‘hauts dosages’ contre les ‘bas dosages’ n’a pas de sens (clinique).
Il y a une bonne et une mauvaise posologie. La bonne est celle qui convient au patient (rapport efficacité/tolérance) et la mauvaise est celle qui est trop faible, trop élevée ou trop vite atteinte. Les termes ‘haut dosage’ ou ‘bas dosage’ devraient être bannis de notre vocabulaire pour ne retenir que le terme de ‘dosage adapté’ ou mieux encore de ‘posologie adaptée'.
"


5.15. Quels sont les signes avant coureurs, de l'arrivée au seuil d'indifférence ?


Certaines personnes ont une consommation identique jusqu'à la veille de leur indifférence. Mais le plus souvent certains signes apparaissent : la consommation se fait plus lentement, la dose quotidienne d'alcool diminue, le verre est laissé sans être terminé.


5.16. Comment être sûr que l'on est bien au seuil d'indifférence ?

Parfois, c’est évident, la consommation est devenue nulle ou quasi nulle, un verre à peine entamé est tout simplement oublié, d’autres fois, il peut subsister un doute.
Après tout cela est totalement nouveau et surprenant.
Vous pouvez alors, tout d'abord, effectuer le test du super marché : si passer par le rayon alcool ne vous fait plus rien, c'est bon signe.
Ensuite le meilleur moyen est de se tester en prenant un verre. Si celui-ci n'entraine aucun dérapage ni envie de recommencer le lendemain, le but est atteint, vous êtes indifférent.
En cas d'abstinence il peut sembler délicat de demander de se tester, pourtant il s'agit bien là du moyen le plus efficace pour être sûr d’avoir atteint son seuil. A vous d'en décider.


5.17. Combien de temps garder le seuil ?


Une fois l'indifférence atteinte, les patients restent 1 à 6 mois à la dose du seuil.
Cette durée peut être ajustée suivant les ressentis et le désir du patient.
Des personnes ayant des effets indésirables handicapants qui ne diminuent pas avec la stabilisation des doses, notamment les problèmes de sommeil et de fatigue, préfèrent raccourcir ce délai.
D'autres se sentent bien à cette dose ou appréhendent la diminution, ils restent plus longtemps à ce seuil.


5.18. Comment faire la diminution ?

La diminution se fait en général de façon progressive et lente : diminution de 10mg toutes les 3 à 5 semaines. Des effets indésirables handicapants, peuvent motiver une diminution plus rapide (diminution de 10 à 20mg toutes les 2 semaines).
Il convient de rester attentif à ses ressentis et surveiller un éventuel retour du craving ou une consommation d’alcool qui repart à la hausse.


5.19. Comment trouver la dose de confort ?

La dose de confort est la dose résiduelle minimale qui permet de ne plus avoir d’effets indésirables et pas de retour de la compulsion.
Pour la trouver, il faut surveiller le moment où l'on sent que le craving revient. Si l'on continue à boire, cela peut être l'envie de prendre davantage d'alcool, ou bien si l'on n'en consomme plus, c'est le désir de prendre un verre.
On remonte alors au palier précédent pour trouver sa dose de confort.
Cette dose de confort peut être amenée à fluctuer. Cela peut dépendre des circonstances de vie, de l'évolution psychologique...
Certains, préfèrent conserver une dose résiduelle, plus élevée, parce qu’ils se sont aperçus, comme Olivier Ameisen, que cela leur permettait de traiter leur dysphorie (mal être).


5.20. Est-ce un traitement à vie ?

Le nombre de patients qui arrêtent le traitement sans en perdre les bénéfices, est aujourd'hui estimé à 20%.
Si l'objectif est de continuer à boire plus ou moins régulièrement, à priori, ce sera un traitement à vie. Arrêter le baclofène en continuant à boire semble entrainer à plus ou moins longue échéance une rechute. Mais il existe des contre exemples avec des patients qui ont arrêté le traitement depuis une longue période et qui boivent occasionnellement, en maitrisant sans problème leur consommation. Le recul est encore insuffisant pour savoir si, d’une manière plus générale, l’effacement de la mémoire de l'addiction et l'évolution du rapport à l'alcool ne permettraient pas à long terme de pouvoir se passer de baclofène.

Une grande majorité des patients n'ont aucun souci à garder un traitement d'appoint, dans la mesure où le baclofène ne génère plus d'effets secondaires.
Ce traitement n'est pas plus contraignant que celui, par exemple, d'une hypertension ou d'une hypothyroïdie.
Message édité 3 fois, dernière édition par Asso Baclofène, 30 Mars 2017, 10:19  

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